De Kinshasa à la Suède, le parcours d’Aubry Mulopo illustre le climat d’insécurité auquel font face certains acteurs de la société civile dans la capitale congolaise. Visé par des menaces qu’il attribue aux « Forces du Progrès », une structure controversée se réclamant de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti au pouvoir), cet activiste a choisi la voie de l’exil. 

Investi au sein d’un mouvement d’écologie politique affilié aux Global Greens, Aubry Mulopo travaillait à Kinshasa, notamment dans sa commune d’origine de Ngaliema, à la création d’une plateforme commune pour la jeunesse verte africaine. Dans le cadre de ses fonctions, il a effectué plusieurs voyages d’études dans la zone de l’East African Community (EAC). 

Selon le témoignage de l’activiste, ces déplacements transfrontaliers réguliers auraient éveillé les soupçons de membres des « Forces du Progrès », qui l’auraient accusé de collusion avec des intérêts étrangers en pleine crise sécuritaire à l’Est de la RDC. Contraint d’entrer en clandestinité pour préserver sa sécurité face à l’intensification des menaces, il confie que vivre avec cette pression constante pour lui et ses proches était devenu insoutenable.

L’activité des « Forces du Progrès », régulièrement qualifiées de milice par les organisations de défense des droits de l’homme, suscite de vives inquiétudes à Kinshasa. Les critiques à leur encontre s’étaient intensifiées après les incidents médiatisés de juillet 2024 dans la résidence de l’ancienne Première dame, Olive Lembe Kabila. Cette accrochage avait même poussé la Police congolaise à l’arrestation et de sa condamnation à la peine capitale par le Tribunal de grande Instance de leur leader de Ngaliema, Kennedy Ngandu Ngandu alias Anti-Balles, aujourd’hui libéré.

La situation s’est de nouveau crispée au début de l’année 2025. Le 28 janvier, lors de manifestations dénonçant le rôle jugé ambigu du Kenya dans la crise régionale, l’ambassade kenyane à Kinshasa a fait l’objet de dégradations. C’est dans le sillage de ces tensions qu’Aubry Mulopo affirme avoir été pris à partie et violemment passé à tabac par des individus se réclamant de la mouvance présidentielle, qui le ciblaient pour ses liens professionnels avec l’Afrique de l’Est. 

Si aucune plainte formelle n’a pu être examinée par la justice congolaise en raison du départ précipité de l’activiste, cet épisode a marqué, selon lui, un point de non-retour. Contactés à plusieurs reprises concernant ces accusations récurrentes de violences, les responsables des Forces du Progrès n’ont pas donné suite à nos demandes de commentaire. Par le passé, la direction du parti présidentiel a régulièrement pris ses distances avec les dérives de certains militants, rejetant la responsabilité des violences sur des « éléments incontrôlés » n’engageant pas la ligne officielle du pouvoir.

Désormais installé en Suède, Aubry Mulopo a repris son engagement associatif au niveau local, ce qui lui a valu d’être distingué par les institutions régionales du Länsstyrelsen Västmanland. Cependant, pour les exilés politiques et les visages de la société civile congolaise, la distance n’efface pas totalement les inquiétudes. 

Les tensions politiques de Kinshasa se répercutent parfois au sein de la diaspora en Europe, notamment en France et en Belgique, où des altercations physiques ont déjà opposé des militants de différents bords. Alors que les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle ravivent les tensions en RDC, la visibilité d’Aubry Mulopo, même depuis son refuge scandinave, maintient l’activiste et ses proches dans une vigilance de tous les instants.

La rédaction

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