Au 11 mars, de nombreux fonctionnaires et agents de l’État en République démocratique du Congo affirment ne pas avoir encore perçu leurs salaires. Une situation qui, selon plusieurs témoignages, touche différentes administrations publiques à travers le pays.
D’après certaines informations, le ministère des Finances chercherait actuellement à mobiliser un prêt d’environ 50 millions de dollars afin de faire face aux paiements urgents, notamment ceux des agents de l’État.
Ces retards de paiement suscitent frustration et inquiétude chez de nombreux fonctionnaires. Pour la majorité d’entre eux, le salaire mensuel constitue la principale, voire l’unique source de revenus. Lorsqu’il tarde à être versé, les conséquences se font rapidement sentir sur le quotidien des ménages.

Cette situation intervient dans un contexte où le gouvernement reconnaît lui-même des tensions sur la trésorerie publique. Plusieurs facteurs sont régulièrement évoqués pour expliquer ces difficultés, notamment l’augmentation de la masse salariale dans la fonction publique, les dépenses sécuritaires liées à la guerre dans l’est du pays, ainsi que diverses charges sociales et humanitaires.
Une masse salariale en forte hausse
L’un des éléments majeurs qui pèsent actuellement sur les finances publiques reste l’augmentation rapide de la masse salariale de l’État ces dernières années.
En 2023, celle-ci était estimée à environ 450 milliards de francs congolais. Elle est ensuite passée à 475 milliards en 2024, puis à près de 670 milliards en 2025.
Pour l’année 2026, certaines projections évoquent une enveloppe pouvant atteindre 1 065 milliards de francs congolais, soit une augmentation particulièrement importante en seulement quelques années.
Cette progression exerce une pression considérable sur la trésorerie de l’État et complique la régularité des paiements. Selon plusieurs analystes économiques, cette situation s’explique notamment par l’intégration de nouveaux agents dans la fonction publique, les ajustements salariaux dans certains secteurs, ainsi que l’augmentation globale des charges publiques.
Comparaison entre deux ministres
Dans l’opinion publique, ces difficultés alimentent également les comparaisons entre l’actuel ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, et son prédécesseur, Nicolas Kazadi.
Certains observateurs estiment que, sous le mandat de Nicolas Kazadi, les paiements des salaires semblaient globalement plus réguliers, même si des tensions budgétaires existaient déjà à cette période.
Depuis l’arrivée de Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi à la tête du ministère des Finances, la gestion de la trésorerie publique fait l’objet d’une attention particulière. L’actuel argentier national doit cependant composer avec un contexte budgétaire complexe, marqué par des pressions financières accrues et des priorités sécuritaires importantes pour le pays.
Un débat qui dépasse les personnes
Pour plusieurs spécialistes, il serait toutefois réducteur de limiter le débat à une simple comparaison entre deux ministres. La gestion des finances publiques dépend de nombreux paramètres, notamment la mobilisation des recettes, la discipline budgétaire, ainsi que les orientations économiques du gouvernement.
Néanmoins, au sein de l’opinion publique, la question revient avec insistance : les difficultés actuelles sont-elles simplement liées à une tension conjoncturelle provoquée par l’explosion de la masse salariale, ou traduisent-elles des défis plus profonds dans la gestion des finances de l’État ?
À mesure que les jours passent sans paiement pour certains agents publics, le débat autour de la gestion des finances publiques risque de s’intensifier davantage.

